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Dans la tête de Mark Zuckerberg

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Couverture du livre "Dans la tête de Mark Zuckerberg"

Caractéristiques
Auteur Julien Le Bot
Éditeur Actes Sud
Collection Coéd. Solin
Date de parution 06/11/2019
Langue FR
Nombre de pages 384
Format 11 x 19 cm
EAN 978-2330126889
ISBN 2330126883
Page Web (éditeur) Dans la tête de Mark Zuckerberg


Présentation par l'éditeur

Si tout le monde connaît Facebook (y compris ceux qui n’y ont pas accès, comme les Chinois), nul ne connaît vraiment Mark Zuckerberg. Pourtant, Facebook, et c’est peut-être ça le plus étrange, c’est un homme. Facebook, c’est Mark Zuckerberg. Et Mark Zuckerberg, c’est Facebook. Impossible, quand on s’y intéresse, de dissocier l’homme de sa créature. L’architecte de son grand œuvre. Elle lui ressemble tellement - depuis ses premières heures. Facebook est bleu, d’abord : Zuckerberg est daltonien, c’est la couleur qui lui convient le mieux. Facebook est à son image, ensuite : depuis son lancement en février 2004, Mark Zuckerberg y a toujours vu comme une traduction codée de son esprit. “Mark Zuckerberg Production” était-il écrit, dans les premières années du réseau social, au bas de chacune des pages web du réseau social.

Aujourd’hui encore, Facebook reste sous son contrôle – comme aucune autre entreprise de la Silicon Valley : il n’est pas actionnaire majoritaire, mais il a su conserver près de 60 % des droits de vote et cumule les fonctions de président du Conseil d’administration et de président directeur général (CEO, dans le jargon)de Facebook. Il est bien maître en sa demeure. Il aime à dire qu’il consulte, que son bureau est ouvert, que les parois de la principale salle de réunion sont transparentes, mais au bout du compte, il est seul et n’aime pas qu’on le contredise. Certains investisseurs ont été jusqu’à l’attaquer en évoquant une “dictature” – il n’en demeure pas moins quasiment indéboulonnable. Sur la façade de l’hôtel Nia de Menlo Park qui en mai 2019 accueillait l’assemblée générale des actionnaires de Facebook, une association a bien essayé d’en finir avec ce monarque de droit divin en projetant le visage du PDG avec une interpellation sans équivoque : “Fire Zuckerberg” (“Virez Zuckerberg” en VF). C’était osé, mais l’agitprop a fait pschitt.

Alors, Mark Zuckerberg, hacker pur beurre ou serial entrepreneur ? La réponse à cette question se trouve peut-être dans cette ultime anecdote relevée par Fred Turner, à l’issue de son article publié en mars 2018 dans la revue Poetic. Automne 2012. Les salariés de Facebook sont invités à venir fêter le milliardième utilisateur inscrit sur le réseau social. C’est un cap, c’est la fête. Après les agapes, ils retournent à leurs postes de travail. Et que trouvent-ils sur leur bureau ? Un exemplaire d’un petit livre à la couverture rouge créée par les équipes de l’Analog Research Laboratory. Sur cette couverture maison, une première partie de phrase : “Facebook n’a pas été créée pour être une entreprise…” Puis, en première page, la suite : “Facebook a été conçue pour accomplir une mission – rendre le monde plus ouvert et plus connecté”. Et cet ouvrage de communication interne de mettre en forme dans les pages suivantes quelques formules assez révélatrices : “NOUS NE CONSTRUISONS PAS NOS SERVICES POUR FAIRE DE L’ARGENT; NOUS FAISONS DE L'ARGENT POUR CONSTRUIRE DE MEILLEURS SERVICES”. “CHANGER LA FAÇON DONT LES GENS COMMUNIQUENT CHANGERA TOUJOURS LE MONDE” et “CELUI QUI IRA LE PLUS VITE ENTRAÎNERA LA TERRE ENTIÈRE”. Les salariés ont immédiatement jugé bon de lui donner un surnom : “Le Petit Livre Rouge”.


L'auteur

Journaliste branché numérique, auteur/réalisateur de « Tous les Internets », une coproduction ARTE/Premières lignes 100% pensée pour mobiles et réseaux sociaux, Julien Le Bot est à l’écoute de la fabrique des contre-pouvoirs, de la société numérique et des innovations dans l’accès à l’information. Consultant pour l’agence de coopération médias CFI (financée par les Affaires étrangères) et pour Samsa.fr, il intervient sur de nombreux chantiers autour des nouvelles écritures en lien avec le numérique. Ex-producteur de l’Atelier des médias de RFI de septembre 2016 à février 2017, Julien Le Bot a également écumé le monde arabe en général et le Proche-Orient où il a notamment animé des hackathons en Afrique, piloté un programme d’innovation dans les médias en ligne pour CFI (#4M Machrek), co-dirigé un projet de long-format en Tunisie avec Inkyfada (sur l’archipel Kerkennah) et participé à des sessions de travail avec des journalistes en Mauritanie, dans le Caucase ou au Pakistan.

En 2011, il a co-fondé une petite agence (éditorial + data) s’intéressant à l’info locale. En 2014, il a aussi fait un détour par la Pologne en travaillant sur une enquête avec les dissidents biélorusses de Charter97 et l’équipe de Journalism++, Inside The Belarus Networks. Il a aussi travaillé en qualité de journaliste pour la rédaction web de France 24.

Source : Actes Sud


Table des matières

  • Prologue
  • Chapitre 1 : Un virtuose des systèmes
  • Chapitre 2 : Un super Bill Gates
  • Chapitre 3 : Une créature incontrôlable
  • Chapitre 4 : Les habits neufs d'un CEO
  • Chapitre 5 : Facebook est mort, vive Facebook !
  • Chapitre 6 : Facebook Nation
  • Chapitre 7 : Zuck, animal (cosmo)politique
  • Conclusion
  • Notes


Notes de lecture

Chapitre 3 : « Une créature incontrôlable »

Jaron Lanier est un monstre sacré dans la Silicon Valley parce qu’il incarne encore une certaine idée de l’informatique. C’est un artiste de la réalité virtuelle, un hacker habité par les écrits des pionniers des technologies numériques, un prodige de la programmation qui, avec le temps, s’est transformé en conscience morale. […]

C’est aussi une sorte de philosophe autodidacte du numérique. Son dernier ouvrage ? Ten Arguments for Deleting Your Social Media Accounts Right Now. Autrement dit : « 10 raisons de supprimer illico presto vos comptes sur les réseaux sociaux ». Si Jaron Lanier fait partie, aux yeux d’historiens comme Adm Fisher, des « génies de la Silicon Valley », il fait surtout partie de ceux qui pensent qu’un virage funeste a été pris. On s’est trompé de direction, quelque part entre les années 1990 et maintenant. […]

Justement, en avril 2018, le voici qui, lors d’une conférence TED, s’adresse à tous ces entrepreneurs venus dans la Silicon Valley par pur pragmatisme financier pour bénéficier des mannes immenses des venture capitalist (communément appelés « VC »). […]

Tout rêve doit se garder d’angélisme. Et tout idéalisme doit finir par se confronter au réel. Cette vigilance de tout les instants est indispensable – au hacker bien entendu, mais aussi à l’entrepreneur.

Et Jaron Lanier d’évoquer Norbert Wiener, ce vénérable père de la cybernétique, « qui a écrit ce livre dans les années 1950, avant même que je sois né : The Human Use of Human Beings 1). Dans ce livre, il a décrit la possibilité de créer un système informatique recueillant les données des individus et leur fournissant, en temps réel, des retours pour les mettre partiellement, statistiquement, dans une boîte de Skinner [du nom du dispositif, inventé par le psychologue Burrhus Frederic Skinner au début des années 1930 pour étudier les mécanismes de conditionnement du comportement chez les rongeurs] […]. » Chacun sent bien dans la salle qu’évoquer la figure de ce psychologue américain renvoie au aussitôt au versant dystopique des technologies. Ou quand la technologie peut conduire au conditionnement des comportements, voire aux manipulations de toutes sortes. Jaron Lanier paraphrase Norbert Wiener : « On pourrait même imaginer un système informatique mondial où tout le monde aurait des appareils sur soi, en permanence, qui leur fourniraient des retours basés sur leurs actions, et toute la population verrait ainsi son comportement se modifier dans une certaine mesure. Une telle société serait insensée, ne survirait pas, ne pourrait pas affronter ses problèmes. » La salle se met à rire jaune – comment ne pas penser aux réseaux sociaux, aux smartphones, aux technologies de mesure de soi qui pullulent dans notre environnement. Jaron Lanier ne s’arrête pas là. « Après quoi Norbert Wiener écrit ceci : fort heureusement, ce n’est qu’une expérience de pensée, et de toute façon, technologiquement, c’est impossible. » Silence. « Et pourtant bien sûr, c’est bien ce que l’on a créé. Et c’est ce que l’on doit désormais défaire, si l’on veut survivre. »

Chapitre 3, « Une créature incontrôlable » – Pages 89 & 90

Faire de Facebok l’autre nom d’Internet

Le génie des inventeurs d’Internet, c’était d’introduire une forme de désintermédiation structurelle laissant plus de place aux initiatives locales et aux individus. C’était de fonder l’autorité sur un nouveau modèle de collaboration, de faciliter la coopération entre les individus armés de nouveaux outils d’expression, d’ouvrir le plus possible l’accès à la connaissance et de déposséder les mass médias de leur monopole sur le débat public. En faisant de Facebook la plateforme, Mark Zuckerberg a tout simplement enterré cette promesse puisqu’elle est devenue ce nouvel intermédiaire incontournable entre les individus et les entreprises (de la tech, de l’information, du divertissement…) souhaitant proposer des services personnalisés et développer de nouveaux modèles économiques fondés sur la connaissance de chacun. Ce qu’on gagnait en personnalisation des expériences, on le perdait en liberté. Mark Zuckerberg nous a fait passer du rêve un brin utopique des petites communautés en ligne agiles, informées et autonomes, à cette entreprise contrôlant l’accès à l’information avec ses algorithmes propriétaires, facilitant la désinformation à la faveur de son fonctionnement (le déchaînement des émotions est censé discerner le bon grain de l’ivraie), et bradant systématiquement, dans la plus grande opacité, les données personnelles de plus de 2,2 milliards d’utilisateurs. L’hégémonie est peut-être à ce prix.

Au-delà, les utilisateurs ont-ils seulement mesuré qu’en intégrant Facebook à leurs usages pour accéder à d’autres services sur Internet comme Spotify, Uber ou Netflix, ils nourrissaient une (des) plateforme(s) appelée(s) à recentraliser – et privatiser – Internet ? Les internautes ont-ils compris qu’en s’informant de plus en plus via des réseaux comme Facebook, ils déléguaient à des algorithmes dont ils ne savent rien la hiérarchie des messages censés les éclairer sur la marche du monde ? Mark Zuckerberg lui-même a-t-il mesuré les responsabilités historiques qu’il endossait en retour ? Pas sûr.

Chapitre 3, « Une créature incontrôlable » – Pages 96 & 97

Suite à rédiger…


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1)
Traduit en français sous le titre « Cybernétique et société » – Nouvelle traduction en 2014, collection « Point »
livres/dans_la_tete_de_mark_zuckerberg_-_julien_le_bot.txt · Dernière modification: 2021/03/01 07:59 (modification externe)